Vivre son deuil : étapes, durée, comment y faire face et s'en sortir ?

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Perdre un proche fait partie des épreuves les plus douloureuses et les plus difficiles. L’absence de la personne décédée conduit très souvent à un choc émotionnel. Il faut ré-apprendre à vivre sans la présence de l’autre. Pourtant, il n’y a pas de bonne manière de

« faire son deuil »

… tout simplement car nous sommes tous différents et que le deuil reste une chose personnelle, selon sa relation avec le défunt, son histoire et son environnement. Nous ne parlerons donc pas ici de « faire son deuil » mais plutôt de « vivre son deuil ». Dans cette période ponctuée de tristesse, d’incompréhension et d’interrogations, beaucoup d’émotions se bousculent laissant place à une immense confusion. Vivre son deuil, c’est passer par plusieurs étapes. Les voici.

Certains moments du deuil sont plus difficiles à vivre que d’autres, cela dépend de chacun. Cependant si la personne décédée était un proche et un être cher à vos yeux, vous allez passer par des moments difficiles… et malheureusement il n’existe pas de baguette magique. Il faut du temps au temps, tout simplement. Et même si le deuil peut s'avérer être plus ou moins long chez certaines personnes, toutes traversent les différentes phases suivantes : choc, déni, colère, résignation, acceptation et enfin reconstruction.
La psychiatre américaine Elisabeth Kübler-Ross analyse cinq étapes majeures par lesquelles passe une personne endeuillée, certains experts en comptent sept. Etonnamment, nous sommes tous égaux face à la mort et tous différents dans le deuil.

Ne perdez pas de vue que ces phases sont plus un « concept » qu’autre chose. Cette théorie des cinq/sept étapes est la simplification d’un processus complexe qui peut subir des variations en fonction de chacun. Elisabeth Kübler Ross, ainsi que d’autres spécialistes, précisent que chaque personne endeuillée passe par au moins par deux étapes et surtout dans un ordre qui lui est propre. L’agencement proposé ici est donc uniquement celui qui est le plus commun. Il faut également prendre en considération que la souffrance évolue au fil du temps et n’est pas toujours linéaire. Il peut donc y avoir des retours à des phases de tristesse, des remémorations de souvenirs douloureux ou encore des étapes conjointes, comme être en colère et en dépression en même temps.

Point très important, il n y a pas de notion de temps lorsque l’on parle de deuil. Encore une fois chaque personne étant différente, vous ne pouvez pas comparer votre deuil avec celui d’un autre et vous ne pouvez pas vous donner de délai afin de passer « les étapes ».

Le but de ce travail de deuil n’est pas d’oublier la personne décédée. La personne ne vit plus auprès de vous mais en vous, grâce aux souvenirs. Ce travail est en quelque sorte une « renaissance », il faut ré-apprendre la gestion de ses émotions, l’acceptation de la douleur pour enfin se ré-approprier une nouvelle vie.

Certes, cela est long, douloureux. Ce processus est semé d'embûches mais arrivera un jour ou, sans que vous ne vous en rendiez compte, la situation commencera à être moins douloureuse, pour enfin ne garder que les bons souvenirs.

  • Les 7 étapes du deuil

Première étape : Le choc

Dans un premier temps, il est impossible de concevoir ce qu’il s’est passé. Apprendre la disparition ou le décès d’un proche, représente toujours un choc… l’être aimé a disparu, vous êtes alors littéralement incrédule, sidéré, voire même anesthésié par l’information.

Seconde étape : la phase du déni

Le choc entraîne quasi systématiquement le déni de ce qui est arrivé. Vous refusez la situation, niez la réalité et restez en partie persuadé que la personne est toujours là.
Refuser de croire, entendre ou même comprendre que l’on a perdu un être cher est un mécanisme de défense assez naturel. C’est une phase brève, car la réalité des choses, la planification des obsèques par exemple, ne peut pas être évitée ou éludée bien longtemps. Malgré la difficulté et les épreuves que la préparation d’une cérémonie entraîne, elle vous aidera à accepter la réalité du décès.

Troisième étape : La colère

Une fois la phase de déni passée, on comprend alors que le décès est bien réel, vient ensuite la colère. Un sentiment d’injustice et de trahison, parfois violent vous envahit. Vous pouvez en vouloir à tout le monde, à votre entourage, au personnel médical, voire à vous-même. Cette colère peut se manifester via des mots, des gestes ou alors vous plongez dans un profond mutisme. L’impossibilité de revenir en arrière est insupportable et incompréhensible.
Pris de remords, vous pouvez également vous montrer agressif envers votre entourage, rejetant la faute sur vos proches. La colère peut également se mêler au sentiment d’injustice : « Pourquoi est-ce arrivé ?», « Qu’avez-vous fait pour mériter cela ? », « Pourquoi vous ? »
Les cris, les pleurs et la douleur marquent souvent cette phase. Durant cette étape, on exprime sa rage, sa colère et sa tristesse, face à la perte de l’autre. Ces sentiments forts et parfois « violents » sont malheureusement naturels et tout à fait « normal ».

Quatrième étape : le marchandage

Si elle est moins consciente, l’étape du marchandage ou de la négociation reste une phase récurrente du deuil. On se demande si en faisant tel acte, le cours des événements auraient été différents. Il est également fréquent de se tourner vers la religion ou la spiritualité… où l’on promet à « Dieu » de ne plus faire telle ou telle chose si tout revenait à la normale.

Cinquième étape : la résignation

Cette cinquième étape représente la phase où vous baissez les bras face à la vérité. C’est aussi le moment où vous comprenez qu’il n’y a aucun retour en arrière possible. Vous abandonnez la « lutte », vous avez le sentiment d’avoir tout essayer pour que la situation redevienne comme avant.

Sixième étape : l’acceptation

Cette étape est le moment où vous acceptez la perte. Vous êtes alors capable de vous concentrer sur les bons souvenirs et de voir l’avenir de manière plus optimiste. Vous commencez à avoir plus confiance en vous et en l’avenir : « J'y pense encore parfois, mais je m'en sors ». L'acceptation est le moment où vous prenez la décision de vivre avec la réalité. Vous acceptez ce décès, qui fait désormais et consciemment partie de la vie.

Septième étape : la reconstruction

L’acceptation laisse la place à la reconstruction, qui se fait progressivement. Vous reprenez votre place dans votre vie et dans la société. Vous avez confiance en vous-même et en l’avenir. Un deuil amène beaucoup de douleur, de tristesse mais passer ces étapes difficiles, cette épreuve amène à mieux se connaître, à découvrir ses ressources personnelles et à prendre conscience de son existence. Cette démarche développe la confiance en soi-même, fait place à une nouvelle énergie et amène à mieux se connaître.

  • Combien de temps dure le processus de deuil ?

La question est bien générale car le processus de deuil est universel mais la façon de le vivre est unique pour chacun, le temps étant malheureusement incompressible. De nombreux éléments peuvent influer sur l’intensité et la durée du processus : les conditions du décès, votre environnement, vos liens avec le défunt… Quelle que soit la nature du deuil vécu, il est certain qu’il sera long. Il est essentiel de se donner le temps de vivre les étapes du deuil et d’accomplir le travail qui l’accompagne. Ce serait un mensonge de vous dire que la page sera tournée en six mois… et c’est encore plus vrai quand le deuil survient dans des circonstances brutales, comme un suicide ou un accident. Ou quand il s’agit de la perte d’un enfant. Le traumatisme est si profond, la douleur si intense, il faudra beaucoup de temps pour se reconstruire et cicatriser la blessure intérieure du lien coupé avec l’être aimé.

Les spécialistes annoncent un à cinq ans pour vivre un deuil, à ajuster en fonction des paramètres précédemment énoncés. Précisons que ce ne sont que des moyennes, elles n’ont pas de valeur absolue, elles doivent être reçues avec beaucoup de précaution car, comme nous vous l’avons déjà précisé, le deuil est unique pour chacun.

Viendra un jour ou vous aurez le sentiment que le plus gros de votre souffrance est derrière vous. La cicatrice de l’ancienne blessure sera toujours présente mais grâce au processus de deuil, la douleur est devenue progressivement plus tolérable, moins violente.

  • Quand savoir que son deuil est terminé ?

Comme la précédente question, la réponse reste délicate et divise toujours.
Certains diront que le deuil n’a pas de fin, qu’il dure toute une vie, parce que la blessure de la perte sera toujours là, inscrite en soi. D’autres répondront que l’on peut considérer que le deuil est terminé, lorsque la plaie n’est plus ouverte, qu’elle a en quelque sorte « cicatrisée », et que le temps de la grande souffrance est révolu. Ce qui n’empêchera pas, de temps à autre, comme lors d’une date particulière ou un souvenir, de voir la cicatrice se rouvrir.

  • Quand peut-on parler d’un deuil difficile ?

Le deuil « normal » se déroule selon un processus qui comporte plusieurs phases, comme nous l’avons vu plus haut. Chaque deuil est néanmoins unique car il évolue en fonction de votre personnalité, du contexte de la perte etc. Il existe cependant quelques rares cas où le deuil peut s’avérer plus compliqué. On parle alors de « deuil difficile » ou « deuil pathologique » lorsque, par sa longueur ou son intensité, le deuil est considéré comme complexe et persistant.
"Un deuil pathologique est la difficulté de poser un diagnostic entre un deuil normal et une dépression. Il est souvent visible lorsque la perte survient de façon brutale, inattendue, violente, injuste (suicide, meurtre, perte associée à des procédures pénales ou administratives...) ou s'il est lié à la perte d'un partenaire de vie ou celui d'un enfant par exemple", explique Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne.

Quels sont les symptômes ?

Plusieurs symptômes doivent vous alerter. Physiquement, vous pouvez avoir des insomnies, des troubles alimentaires, une prise de poids importante, ou des maladies à répétition. Mais c’est psychologiquement qu’il faut être très vigilant. Troubles dépressifs ou anxieux, fort sentiment d’amertume et de colère plus d’un an après le décès, solitude, renferment sur soi-même…
Les difficultés à accepter la mort peuvent être également considérées comme une sonnette d’alarme. Par exemple, continuer à parler du défunt au temps présent, nier la réalité du décès ou arrêter de vivre depuis le décès (idées noires, suicidaires).

Quand et qui consulter ?

Dans la mesure où un deuil est toujours une source de grande souffrance, un accompagnement est utile. Mais il est nécessaire pour tout deuil compliqué ou pathologique. Il convient de consulter un professionnel de santé comme votre médecin généraliste, qui dans un premier temps, vous aiguillera vers un psychologue ou psychiatre. Si vous souhaitez vous tourner vers d’autres thérapies, la sophrologie, l’hypnose et les thérapies brèves peuvent être un bon compromis . Si vous ne parvenez pas à vous situer dans tout ce qui est proposé et que vous vous sentez perdu, n’hésitez pas à demander de l’aide à une association. Être entouré est ce qui aide le plus afin d’évoluer sur le chemin escarpé du deuil. Les groupes de paroles et de soutien sont également un bon moyen d’exprimer sa souffrance, avec d’autres personnes qui traversent les mêmes épreuves.

  • Quel deuil est le plus difficile à vivre ?

Il y a bien des deuils plus « difficiles » à vivre que d’autres. La perte d’un enfant reste la souffrance et la perte la plus terrible qu’on rencontre dans notre existence car elle va à l’encontre du sens même de la vie. Cette épreuve est le deuil à vivre le plus difficile où il faut redoubler de vigilance. Peu importe les phases que l’on traverse, il faut absolument être aidé. Paradoxalement les proches ont souvent, face à ce deuil, du mal à écouter et à être présent… car oui la perte d’un enfant fait peur. Or il est fondamental, pour le parent endeuillé, de parler de ce qui s’est passé. Ou de l’exprimer par des mots couchés sur du papier, par des dessins, pour dire sa colère, sa culpabilité, sa honte, sa détresse, son incompréhension…

La perte de son conjoint est également très difficile à vivre. Vous étiez deux, et vous n’êtes désormais qu’un. Il vous faut apprendre à tout assumer sans l’aide de l’autre, sans son soutien, ni ses conseils ou compétences : le travail, les enfants, parfois la vente d’une maison… Vous avez le sentiment de perdre votre identité, cette identité que vous vous étiez constituée à deux. Puis, au fil du temps, vous vous découvrirez de nouvelles habiletés, des envies que vous ignoriez jusque-là. Avec le temps, votre personnalité se resserre autour de valeurs plus essentielles : savourer ce qui est là, qui vous êtes et vous préoccuper de votre désir pour ré-envisager l’avenir.

Il reste un deuil trop souvent négligé : celui de la perte d’une soeur ou d’un frère. Effectivement, les proches prennent en compte la douleur des parents, des enfants, de l’époux ou de l’épouse mais très rarement celle des frères et sœurs. Cela est tellement ancré dans notre société que les frères et sœurs touchés par le deuil en viennent à nier et à taire leur propre peine. Ils mettent naturellement en place une « auto-censure » de leur douleur et de leurs besoins pour ne pas accabler d’avantage leurs parents qui souffrent tant. Par crainte de déranger ou d’être jugé trop « égocentré ». S’ajoute à cela la culpabilité du « survivant » et la peur de la rivalité avec l’absent qui est désormais idéalisé.

Nous ne le répéterons jamais assez mais le deuil est un long chemin, un marathon. Unique pour chacun. Aucun guide ne peut indiquer la « bonne » méthode ou marche à suivre car il n’existe pas de norme dans ce domaine. C’est une expérience intime et épuisante que beaucoup vivent dans la solitude, parfois par choix mais aussi souvent comme une contrainte. Pourtant, le deuil est une épreuve qui nécessite que vous mobilisiez toutes vos ressources… sans oublier votre entourage, qui est la plus aidante d’entre elles. Pour vous aider à vous reconstruire après la perte d’un proche, consultez notre article : “Mettre des mots sur le deuil : sélection de livres et podcasts pour aider à faire face”.

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