surmonter la mort de son conjoint

Comment surmonter la mort d'un conjoint.

30 novembre 2021

Un jour, la vie bascule. La personne que vous aimez décède à l'issue d'une longue maladie, d'un accident brutal ou parfois même d'un suicide. Il y a un avant et un après ce deuil. L'épreuve de la perte modifie la relation à soi, aux autres et au monde. Alors comment survivre à cette mort si douloureuse ?

Merci à Christophe Fauré, psychiatre spécialiste du deuil et à l’association FAVEC.

La mort de son conjoint représente probablement l’une des expériences les plus dévastatrices que nous puissions connaître. L’impression de perte et la douleur frappent si fort que certains d’entre nous se sentent comme « coupés en deux », comme s’ils avaient perdu une partie d'eux-mêmes. Il est normal d’avoir du chagrin à la mort d’un être aimé : ce n’est pas une maladie – bien qu’il puisse nous arriver d’être malade – et cela ne durera pas – même si nous avons quelquefois l’impression que la douleur ne cessera jamais.

Après la perte d’un être aimé, nous faisons tous le même voyage, du premier choc et de l’incrédulité en passant par des vagues de tristesse profonde et de douleur, le retour sur le passé, les regrets, la solitude, peut être même la colère et la dépression, jusqu’au moment ou il devient possible de commencer à reconstruire nos vies.  

La réalité du quotidien.

Au fil des ans, vous vous êtes construit(e) avec cette personne. Elle assumait une multitude de rôles qui constituaient une partie de qui vous êtes aujourd'hui: elle était votre compagne ou votre compagnon, complice des loisirs ou des voyages, parent de vos enfants, source de soutien et parfois d'inspiration.  Il vous faut désormais apprendre à vivre seul(e), en assumant toutes les responsabilités de votre famille: être la seule personne prenant les décisions concernant l'éducation des enfants, la logistique de la maison, avoir une vision constructive sur l'avenir alors que celui-ci semble bouché... Il est indispensable que vous vous organisiez, le plus tôt possible, afin de ne pas être submergé(e) par l'ampleur de la tâche. Au besoin, dans les premiers temps, sollicitez activement l'aide d'amis ou de proches pour faire un état des lieux exhaustif de tout ce que vous devez prendre en charge au quotidien. Établissez alors vos priorités en conséquence.

Assumer seul(e) la destinée de votre famille est un lent apprentissage qui demande patience et compassion envers soi-même. L'expérience montre qu'on y parvient petit à petit et, des années plus tard, nombreux sont celles et ceux qui, avec le recul, s'étonnent d'avoir relevé un aussi impressionnant défi.

La perte de notre identité.

Qui sommes-nous sans l’autre ? Depuis le début de notre relation, nous avons appris à nous identifier dans les yeux de l’autre. « Que tu es beau, belle ! » – « Qu’est-ce que je ferais sans toi ? ». Nous avons existé dans le regard de notre conjoint et soudain personne ne nous désire plus, ne nous fait plus de compliment, ne nous manifeste plus de tendresse complice.

Au niveau social, c’est un changement important. Nous étions un couple officiellement, légalement ou non. Nous devenons une veuve, un veuf. Les démarches administratives enfoncent le clou : il faut modifier le nom des abonnements des fournisseurs d’énergie ou d’eau. Répéter que le conjoint est décédé. Et même si nous demandons à un proche d’effectuer les démarches, lorsque le courrier arrivera, il représentera ce changement de statut social avec la mention « veuf, veuve » ou la suppression du nom de notre aimée(e).

L’entourage.

Il n'est pas rare que vous sentiez rapidement une sorte de « pression » de la part de votre entourage, surtout si vous êtes un jeune veuf ou une jeune veuve. Ils souhaitent que vous retrouviez une autre relation au plus vite, alors même que vous ne vous sentez pas du tout prêt(e) à cela. Les gens ont parfois des paroles malheureuses, comme: "Tu es encore jeune, tu dois refaire ta vie". Cette phrase part certainement d'un bon sentiment, mais elle minimise la douleur de votre perte actuelle.  

Vous allez devoir aussi établir un autre rapport avec votre cercle d'amis. Avec la disparition de votre conjoint, tout change progressivement et vous vous rendez compte au fil du temps que certains couples ne vous invitent plus et prennent de la distance. Vous réalisez que vous êtes, petit à petit, exclu(e) de la vie sociale des autres couples. Et même si vous ne subissez pas cette exclusion, vous pouvez vous-même vous extraire de votre cercle d'amis en couple car il est souvent difficile de se sentir la « cinquième roue du carrosse ». Cela peut vous conduire à refuser des invitations car vous vous sentez mal à l'aise ou déconnecté(e). Même si ces amis vous manifestent leur affection, il est vrai que leur présence souligne comme vous êtes seul(e) aujourd'hui. Essayez pourtant de ne pas couper les ponts de façon trop radicale car vous risquez de décourager vos amis et de vous isoler progressivement. Même si vous n'en avez pas envie, gardez à l'esprit qu'il est sans doute salutaire de répondre le plus souvent possible à leurs invitations.  

Apprendre à vivre une autre vie.

Petit à petit, jour après jour, vous apprenez à passer de l’équilibre d’une personne en couple à celui d’une personne seule.

La cicatrisation vient lentement, mais elle vient. Rien ne remplace la personne disparue, nous trouvons cependant, peu à peu, en nous, de nouvelles sources d’énergie. Sortir de soi-même et construire de nouvelles relations, rencontrer des gens nouveaux, participer à de nouvelles activités, voilà des défis qui demandent du courage et de l’énergie et peuvent nous apporter des déceptions, certes, mais aussi des satisfactions, des occasions de rire et de nous faire de nouveaux amis.

Combien de temps va durer mon deuil ?

Il est toujours difficile de répondre à une telle question car chaque chemin est unique. Néanmoins, il semble que, dans la majorité des cas, le plus gros de la peine s’estompe doucement deux ans après le décès. Ce temps est donc long et il est essentiel d'en avoir conscience pour ne pas se désespérer: c'est le temps incompressible du deuil et de la cicatrisation intérieure et il est vain de vouloir aller plus vite que ce processus naturel qui échappe à notre contrôle et à notre volonté.

Pourrais-je aimer à nouveau?

Pendant plusieurs mois, ou même plusieurs années, l’idée d'aimer à nouveau est totalement inconcevable. Le deuil rend très souvent impossible le fait de réinvestir une nouvelle personne car on souffre trop. Le point essentiel est de ne pas se réinvestir à fond dans un nouvel amour quelques mois après le décès et de se remarier, par exemple, dans les six mois. La plupart du temps, cela mène à la catastrophe car il s'agit là beaucoup plus d'une fuite pour tenter d'éviter la souffrance du deuil que d'un authentique amour. On utilise l'autre partenaire plus ou moins consciemment comme un instrument pour ne pas souffrir et pour ne pas se confronter à la réalité de l'absence.

Le sentiment de culpabilité.

La situation commence à être différente après un an / un an et demi -même si on est pourtant encore dans la douleur du deuil. On peut sentir alors le désir de rencontrer quelqu'un car on commence à se sentir prêt(e). Néanmoins, la culpabilité est l'obstacle principal car on éprouve un "conflit de loyauté" par rapport au conjoint décédé. On se reproche de le trahir ou même de le tromper, en aimant à nouveau, comme si on était en train de l'oublier. Les enfants sont d'ailleurs parfois très hostiles à l'arrivée d'un nouveau compagnon ou d'une nouvelle compagne et il faut faire preuve de beaucoup de tact, de patience et de diplomatie pour faire progressivement accepter cette nouvelle personne.  

Chaque deuil est unique.

Il est essentiel de comprendre qu'être en deuil de son conjoint et tomber à nouveau amoureux de quelqu'un d'autre ne sont pas contradictoires, même si on est troublé par ce constat. Le processus de deuil et le processus amoureux ne se situent pas au même niveau. Ils ne sont pas antinomiques l'un de l'autre. On découvre que l'on peut vivre, aimer, faire à nouveau des projets, tout en restant dans un vécu d'une tristesse liée à l'absence de son conjoint.  

Nos conseils :

- Pleurez si vous en éprouvez le besoin. Ne bloquez pas vos émotions.

- Souvenez-vous que le chagrin doit suivre son cours normal : on ne peut le bousculer ou en faire l’économie.

- Acceptez l’aide des autres mais ne laissez pas les autres vous persuader que vous devez faire des choses qui ne vous semblent pas justes, avant que vous ne vous sentiez prêt(e) à les faire.

- Prenez soin de vous. Mangez convenablement et consultez un médecin au moindre souci de santé.

- Autant que possible, maintenez une routine de vie normale et évitez des changements majeurs au cours de la première année (déménagement par exemple)

- Vivez au jour le jour quand vous vous sentez déprimé(e).

- Avec le temps qui passe, soyez disponible pour entamer de nouvelles activités et faire de nouvelles connaissances.

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