Deuil : comment aborder et dire la vérité aux enfants.

La mort est rarement un sujet facile à aborder, même entre adultes, elle reste tabou. Qu’en est-il avec les enfants ? Comment faire ? Avec quels mots ? Difficile d’aborder la question… et quand un jeune enfant perd un proche, les parents ont souvent du mal à lui expliquer le concept de la mort et à l'accompagner dans cette épreuve, qu'ils doivent eux-mêmes affronter. Pourtant, en parler est essentiel.

Comment annoncer un décès à un enfant ?

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Bien choisir son moment :

Peu importe l’âge de l’enfant, il est important de lui annoncer la nouvelle le plus tôt possible. L’enfant a le don de ressentir et de pouvoir capter les émotions de ses proches. Il saura donc qu’il se passe quelque chose même si vous ne lui dites pas. De plus, en retardant l’annonce, il y a la possibilité que l’enfant l’apprenne par une autre personne ou encore sur les réseaux sociaux. Il peut ainsi apprendre la vérité sans que vous ayez pu contrôler quoi que ce soit. Si vous décidez tout de même d’annoncer la mort d’un proche plus tard, il est important d’expliquer à l’enfant les raisons qui vous ont poussé à en retarder l’annonce.

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L’endroit :

Il est préférable de faire l’annonce dans un endroit où l’enfant sera à l’aise d’exprimer ses émotions librement. La plupart du temps, l’endroit privilégié est la maison, sa chambre notamment.

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Qui doit lui annoncer :

Les personnes étant les plus proches de l’enfant sont souvent les meilleures pour annoncer la nouvelle. Il arrive fréquemment que ce soit les parents qui se chargent de cette lourde tâche. Habituellement, ce sont eux qui connaissent le mieux leur enfant. Ils ont donc plus de facilité à s’adapter et à comprendre les réactions que l’annonce pourrait susciter chez leur enfant. Aussi, les enfants sont souvent plus à l’aise d’exprimer leurs émotions devant leurs parents puisqu’ils représentent une source réconfortante et sécurisante pour eux.

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Les mots :

Même s’il est tentant d’utiliser les expressions « parti au ciel », « voyage dans les étoiles », « s’est endormi éternellement » pour protéger les enfants, il est préférable d’être direct, simple et d’utiliser les mots justes. Cela permet d’éviter une mauvaise interprétation de la réalité. Il est même suggéré de valider auprès de l’enfant s’il a bien compris ce qui lui a été dit. Finalement, être précis concernant la cause du décès peut également aider l’enfant et lui éviter de s’imaginer des scénarios pires que la réalité. Il faut cependant faire attention à la nature des détails fournis en respectant la capacité de compréhension du jeune en fonction de son âge, notamment lorsqu’il est question de détails entourant un décès par accident ou par suicide, surtout avec de jeunes enfants.

En tant que parents, vous êtes invités à faire ce que vous croyez être le mieux pour votre enfant. Ne vous culpabilisez donc pas si l’annonce ne se produit pas comme vous l’auriez souhaité. Rappelez-vous que votre enfant a besoin de savoir que ses émotions sont entendues. Il a donc besoin d’un espace où il se sentira accueilli lors de l’annonce et où il lui sera possible de nommer et d’extérioriser ses émotions. Vous devrez lui accorder du temps et prévoir des moments de discussions. Parfois, seuls votre présence et des silences sauront répondre à ses besoins afin de l’aider à traverser les étapes du deuil.

Comment répondre à leurs questions ?

Les enfants posent beaucoup de questions… et celles portant sur la mort sont souvent désarmantes pour les adultes. Alors comment répondre à leur curiosité ?

  • Pourquoi on meurt?

    En général, on meurt parce qu’on vieillit. Avec le temps, le corps est tellement usé qu’il ne peut plus fonctionner. C’est le cycle de la vie : on naît, on grandit, on devient un adulte, on devient de plus en plus vieux et on meurt. Parfois, on meurt avant d’être vieux parce qu’on a une maladie qui ne se guérit pas ou parce qu’on a un grave accident.

  • Est-ce que l’on sait quand on va mourir?

    Non, personne ne sait quand il va mourir. En général, on meurt quand on est très vieux. Ça peut arriver avant, si on a une maladie ou un accident très grave.

  • Qu’est-ce qui se passe quand on meurt?

    Notre coeur arrête de battre et notre corps ne fonctionne plus. Il n’y a plus de vie dans notre corps. Ça veut dire qu’on ne respire plus, que notre sang ne circule plus, que notre cerveau ne marche plus. On ne sent plus rien.

  • Où on va quand on est mort?

    On met le corps dans un cercueil. En général, la famille et les amis se réunissent pour dire adieu au corps et après on l’enterre. Dans la terre, le corps disparaît petit à petit. On peut aussi brûler le corps et garder les cendres dans un contenant spécial appelé urne. Après, le corps de la personne morte n’est plus là, mais on peut encore se souvenir d’elle, par exemple en regardant des photos.

  • Vas-tu mourir?

    Oui, je vais mourir un jour, tout le monde meurt, ça fait partie de la vie. J’espère que ce sera dans longtemps. Je vais sûrement être très vieux. Et toi aussi, tu seras vieux. Pour l’instant, je suis bien là, en forme et en bonne santé.

Faut-il emmener un enfant à un enterrement ?

Oui ! C'est très important pour qu'il puisse réaliser la disparition de la personne et faire son deuil. On voit parfois chez des adultes en thérapie combien il peut être douloureux, des années après, de ne pas avoir dit au revoir à la personne ou de ne pas l’avoir vue une dernière fois.
Il faut donc mettre les enfants face à cette réalité. La mort fait partie des vecteurs éducatifs fondamentaux et l’enterrement est une étape essentielle du deuil. C’est aussi une manière de permettre aux enfants de poser des questions. Pourquoi la personne est-elle dans le cercueil ? Comment les cendres sont-elles arrivées dans l’urne ? L’enfant sait où se trouve désormais le défunt et cela sera plus facile pour lui de se représenter concrètement le deuil.

Comment les enfants font-ils leur deuil ?

Encore une fois, la façon dont les enfants comprennent la mort dépend de leur stade de développement. Les enfants font leur deuil autrement que les adultes. Leur deuil n’est pas continu, il se produit par intermittence. Leurs sentiments changent en permanence. Comme ils le vivent de manière discontinue, leur deuil peut durer plus longtemps que pour les adultes. De plus, les enfants disposent de compétences limitées pour verbaliser leurs sentiments et pour supporter des émotions pénibles sur une très longue période. C’est pourquoi ils ont besoin de formes d’expression adaptées à leur âge pour dire leur tristesse et pour la taire, via des jeux, des dessins, des jeux de rôles… Chaque enfant est différent, et il est important de le laisser vivre son deuil à sa façon.

Quels sont les rituels d’adieux pour les enfants ?

Les rituels peuvent soutenir la phase d’adieu et la gestion des sentiments négatifs. Il est important que les enfants soient accompagnés. Vous pouvez lui proposer de peindre, dessiner un dessin ou écrire une lettre qu’il apportera à la cérémonie et les placer dans le cercueil. Après la cérémonie vous pouvez organiser un lâcher de ballon auquel est attaché un message à destination du défunt. N’hésitez pas non plus à confectionner avec lui un livre de souvenirs ou une boîte à mémoire. Enfin, lire des histoires qui parlent de la mort, permet à l’enfant de poser des questions et de libérer sa parole. Retrouvez notre sélection d’ouvrages pour aborder plus facilement le deuil avec un enfant ici

Comment aider un enfant endeuillé ?

Le mieux est de ne rien changer à la routine quotidienne et de fixer des structures et des limites claires. Cela permettra à l’enfant de se sentir en sécurité. Ce dernier a besoin d’attention, et il ne faut pas hésiter à lui montrer vos sentiments. Il saura ainsi qu’il est normal d’être triste et de dévoiler ses émotions. Le mieux est d’intégrer l’enfant dans les prises de décision. Cela renforce le sentiment de contrôle et réduit le sentiment d’impuissance. Pour l’aider à exprimer ses émotions, encourager le à peindre, sculpter, jouer, etc. pour mieux assimiler ce qu’est la mort et exprimer son ressenti.

Ce qu’il faut retenir :

  • Expliquez-lui la situation dans des mots simples et vrais. Exemple: «Ton papy est mort. Il ne reviendra plus. C’est normal d’avoir de la peine.» L’enfant ne comprend pas le sens figuré. Les formules comme «il fait un long voyage», «il s’est endormi pour toujours», «il est au ciel» sont à proscrire. En croyant naïvement vos propos, l’enfant pourrait, par exemple, tenter de monter sur le toit pour aller rejoindre son grand-père au ciel.
  • Répondez franchement à ses questions.
  • Accueillez les émotions que vit l’enfant de manière bienveillante, rassurante et respectueuse.
  • Rassurez-le en lui disant que la personne décédée ne ressent pas la douleur ni la faim, qu’elle n’a pas peur, etc.
  • Respectez son incapacité à supporter la souffrance dans la durée. Il va traverser des phases de tristesse en alternance avec des phases de jeux.
  • Déculpabilisez-le en lui répétant qu’il n’est pas responsable de la mort de cette personne.
  • Rappelez-lui aussi que la personne ne reviendra pas, même s’il le désire très fort. Pour s’adapter graduellement à la perte de l’être aimé, l’enfant peut continuer de s’adresser, pour un temps, à celui-ci (parent imaginaire). Ce comportement n’est pas pathologique.
  • Aidez-le à exprimer ses émotions par des moyens adaptés à son âge. Exemples: jeux, dessins, collages, histoires, musique, marionnettes, etc. Les jeux sur le thème de la mort et des funérailles sont normaux. L’enfant exprime ce qu’il vit à travers ceux-ci.
  • Parlez-lui, en nuançant vos propos, de ce que vous ressentez. Il n’y a pas de honte à exprimer nos émotions!
  • Maintenez autant que possible la routine, les règles et les interdits.
  • Sécurisez-le sur son avenir en lui nommant des repères concrets et avisez-le des changements prochains afin de l’y préparer.
  • Rassurez-le également en lui disant que vous ne l’abandonnerez pas. Prêtez-lui un objet significatif s’il craint de vous perdre aussi.
  • Emmenez le à l’enterrement pour qu’il puisse dire au revoir à la personne décédée.
  • Informez la garderie/l’école de la situation pour que le personnel éducateur puisse l’aider à vivre son deuil.

Pour vous repérer en fonction de l’âge de votre enfant :

  • De 0 à 2 ans : L’enfant n’a pas la capacité de comprendre la notion de mortalité. Sa conception de lui-même et de son univers est en pleine formation. Il est en train d’acquérir tranquillement la notion de la permanence de l’objet, c’est-à-dire qu’il commence tout juste à comprendre qu’un objet (personne) peut exister en dehors de lui-même et lorsqu’il est absent. Cela lui fait d’ailleurs vivre beaucoup de tensions et de peurs lorsqu’une personne qui prend soin de lui s’absente. Cela suscite chez lui une angoisse de séparation, puisque pour lui, s’il ne voit plus la personne, celle-ci arrête d’exister et ne peut donc plus prendre soin de lui. La mort, tout comme les expériences de perte et de séparation, est un concept temporaire pour le jeune enfant. Dans son esprit, une personne morte disparaît, certes, mais peut revivre ensuite, à un autre moment. Outre les émotions qu’il ressent lorsque la personne aimée n’est pas là pour lui, le concept de la mort n’est pas dramatique pour lui. Néanmoins, un enfant de cet âge est en mesure de ressentir l’absence physique de la personne qui lui prodigue normalement des soins, de l’attention et de l’amour. De plus, il a la capacité de ressentir l’état émotionnel de son entourage et d’y réagir par des comportements.
  • De 3 à 5 ans : L’enfant de 3 à 5 ans n’a toujours pas les capacités requises pour bien comprendre le concept de la mort. Pour lui, la mort est simplement une séparation, un abandon momentané. Il est incapable de comprendre le caractère définitif de la mort puisqu’il n’a pas encore intégré ce concept à son univers. Puisque pour lui la mort est réversible et temporaire, une vieille personne pourrait choisir de redevenir vivante après son décès. À sa manière, l’enfant de 3 à 5 ans comprend quand même la perte de l’être cher. Par exemple, lorsqu’il trouve que son papa est mort pour «assez» longtemps et qu’il ne revient pas le voir, cela le blesse inévitablement. Puisque c’est l’âge de la pensée magique (tout part de lui et est à cause de lui), il peut parfois croire à tort que ses pensées ont causé la mort de la personne, ou encore, qu’il peut la faire revivre s’il le désire très fort. Pour évacuer sa souffrance, l’enfant pleure, s’active et joue. Oui, il arrive qu’un enfant de cet âge utilise le jeu (en lien avec la mort, l’accident, la maladie, les funérailles, l’enterrement, etc.) afin d’évacuer ses émotions et, surtout, de se redonner un peu de contrôle sur la situation. Parler à la personne décédée ou garder un objet de celle-ci l’aide souvent à préserver le souvenir de la personne et, ainsi, à apprivoiser à son rythme la réalité du concept de la mort.
  • De 6 à 8 ans : Les capacités intellectuelles d’un enfant de 6 à 8 ans s’étant développées au fil des années, il commence à avoir une conception plus réaliste du temps et, donc, à mieux comprendre le caractère définitif de la mort. Pour lui, la mort est liée à un corps qui ne respire plus, qui ne bouge plus, qui n’entend plus et qui se décompose. Il s’intéresse d’ailleurs à la transformation du corps humain tout au long de son cycle de vie (rides, cheveux blancs, squelette, etc.). La plupart des enfants de cet âge pensent encore que la mort ne frappe que les personnes très âgées ou très malades. Et lorsqu’ils sont confrontés à l’universalité de celle-ci, par exemple lors du décès d’un «jeune», cela perturbe inévitablement leurs idées. Certains vont alors craindre d’être également malades et de mourir à leur tour. Les capacités émotionnelles de l’enfant de 6 à 8 ans s’étant elles aussi développées, il est dorénavant beaucoup plus sensible au décès d’un être cher et est en mesure de ressentir diverses émotions. Néanmoins, en raison de sa grande sensibilité, il peut choisir de mettre en dormance ses propres émotions afin de ne pas augmenter celles de ses proches.
  • De 9 à 12 ans : Les capacités intellectuelles de l’enfant de 9 à 12 ans étant développées, il comprend maintenant que la mort est une finitude irréversible et que personne n’y échappe, même pas lui. Cela lui fait ressentir de la peur et c’est tout à fait normal! Il réalise alors que chaque relation d’attachement contient en elle-même la possibilité d’une rupture, d’une fin. Pour exorciser sa peur de la mort, l’enfant s’intéresse tout particulièrement à son aspect «biologique»: il se préoccupe du devenir du corps d’une personne décédée en posant diverses questions ou en démontrant de l’intérêt pour des détails scabreux (pouvant parfois même choquer son entourage). C’est aussi à cet âge que viennent les premiers questionnements spirituels. Il peut se demander, par exemple, où l’on va après la mort, si l’âme existe vraiment, etc. Bref, c’est sa façon à lui d’apprivoiser sa peur de la mort en tentant de mieux la comprendre. Sur le plan émotionnel, l’enfant de cet âge est encore très sensible à la façon dont réagissent ses proches au décès et il peut facilement s’approprier leurs émotions. Il arrive qu’il cache ses vraies émotions afin de préserver ses proches de souffrances supplémentaires. Il peut encore lui arriver de se sentir responsable de la mort d’une personne et tenter de vivre avec sa fausse culpabilité sans demander d’aide. Certains vont même adopter un rôle inadéquat afin de tenter de soulager leurs parents.

Merci à Santé magazine, psychologie magazine et aux sites ligneparents.com et naitreetgrandir.com

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