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Témoignage : « Comment j’ai survécu à la perte de mon fils »

Témoignage : « Comment j’ai survécu à la perte de mon fils »

14 Avril 2022

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La perte d’un enfant est une épreuve tragique, contraire à l’ordre naturel des choses, qui bouleverse l’existence… et celle de son couple également. Lorsque au sein d'une famille survient la mort d'un enfant, le couple formé par les parents entre en souffrance au point parfois de ne plus fonctionner. Nous laissons la parole à Damien*, papa de Nicolas, qu’il a perdu il y a 12 ans.

« Je suis papa de Nicolas. Même si il n’est plus là, je suis toujours son papa. J’y tiens. Ça fait partie de moi, de mon identité. Après c’est bizarre pour moi de dire ça car, c’est vrai, je n’en parle jamais. J’ai même des amis, avec qui je sors, je fais la fête, qui ne sont pas au courant que j’ai eu un fils. Parfois quand je m’enivre trop, j’en parle. Je vois que les gens ne comprennent pas. Ils sont interloqués. Il paraît qu’alors j’insiste, je dis oui oui j’ai eu un fils, il était malade, il est parti.

Nous avons perdu, mon ex-femme et moi, notre fils il y a de ça 12 ans. J’avais 36 ans quand Nicolas est décédé. J’en ai 48 aujourd’hui.

J’ai rencontré ma femme, prof comme moi. Je suis professeur d’économie en fac. Histoire plutôt banale. On est tombé amoureux, on s’est mariés. Nicolas est arrivé assez vite. J’étais très différent à l’époque. Sérieux, je ne faisais pas trop la fête. J’étais très amoureux de sa mère. Elle est tombée enceinte. On était très heureux. Quand Nicolas est né, c’était le bonheur, un soleil qui a envahi toute notre existence. Il a pris toute la place, rempli nos vies.

Très vite on a vu que Nicolas n’était pas un bébé normal, même si je n’aime pas trop ce mot. Le verdict est tombé, il avait une maladie. Je n’ai pas trop envie de m’étaler là dessus. Il est parti très vite, à 3 ans.

De ça, de l’ annonce du décès, de l’hôpital, je me rappelle une douleur, indescriptible. Aiguë dans ma tête. Ça ne s’arrêtait pas. Ça m’a déchiré en deux. Une douleur comme je n’ai pas connu. Jamais. Ça je m’en rappelle. Après tout est flou. J’étais dans le déni complet. Je me suis reposé sur ma femme. Comme si j’étais sous anesthésie générale. J’ai peu de souvenirs, des papiers à remplir , de l’ enterrement. Je ne sais même pas la musique qu’on a passée… tout est comme cotonneux.

Le plus dur, je m’en rappelle parfaitement de ça, c’est le retour à la maison. Sa chambre. Ses jouets, son lit. Là j’ai pété un câble. J’étais dans une colère, une bouffée de haine. Comme des bulles, des ballons qui éclatent. J’en ai voulu à la terre entière. Aux médecins, incompétents, à ma femme, trop calme, à mes parents qui n’arrêtaient pas d’appeler et de pleurer. J’ai été dur, voire méchant. Je n’en suis pas fier aujourd’hui mais je ne veux pas trop y penser. Je n'arrêtais pas de penser, « pourquoi nous ? » « Pourquoi lui ? » Je voyais des familles dans la rue, j’avais du mal à sortir de chez nous.

C’est là que le fossé s’est creusé entre nous. Je me souviens d’une anecdote qui résume parfaitement la situation « après Nicolas » comme je l’appelle.
Elle voulait garder des photos de Nicolas dans l’appartement. Des photos de lui, de nous. Moi je ne voulais pas, plutôt je ne pouvais pas. Elle en avait besoin. Je ne pouvais pas l’accepter. Ça me pesait trop de voir ça. Je n’ai pas besoin de photos pour me rappeler Nicolas. Elle si. Je le comprends maintenant, mais quand tu vis le deuil, c’est dur. Tu dois gérer ta douleur, celle de l’autre. Je me suis senti comme submergé.

Nous sommes allés voir un thérapeute. Ça m' a aidé, un temps. Mais je n’étais pas très à l’aise à l’idée d’en parler. Avec le recul, je me dis que j’étais trop jeune, trop bête aussi. Je n’ai pas réussi à m’ouvrir pendant ces séances. Et puis, oui j’ai mal, ou pas assez soutenu ma femme. J’ai fait comme j’ai pu à ce moment-là. Et je n’arrivais pas. Je n’arrivais à rien.
J’avais mal, tout le temps. Un truc dans la gorge, gonflé. Comme si tu avais du mal à déglutir.

Elle s’est investie dans une association pour les parents endeuillés. Je n’ai pas voulu y aller. C’était au-dessus de mes forces. On arrivait plus à se parler. Nos chemins se sont séparés même pas deux ans après le décès
Pendant longtemps j’ai été en mode pilote automatique. Donner des cours, faire les courses, sortir, les copains, la vie. Parfois j’ai cette sensation dans la gorge, encore, qui revient. Et puis ça passe, avec le temps.

Elle, elle a réussi à refaire sa vie. Je le sais. Nous avons encore quelques connaissances en commun. Moi j’ai tout envoyé balader. Je suis professeur d’économie à Caen, maintenant mais je vis à Paris, dans ma garçonnière comme j’aime l’appeler. Je fais des allers-retours dans la semaine pour le boulot. J’aime bien. Je n’ai pas envie de me poser, ni de m’engager. J’ai des histoires avec des femmes, plus jeunes. Elles ne veulent pas s'engager, ça me va parfaitement. Là je suis avec une professeur d’allemand. Plus de mon âge. Elle est super. C’est un peu tard pour elle pour avoir des enfants. Ça me soulage presque. Moi j’ai fait une croix dessus. On n’en parle pas. Ça me va. Mais je ne sais pas, j’ai la bougeotte. On verra. »

*le prénom a été modifié

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