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Les enfants face au décès

20 septembre 2021

Dès le plus jeune âge, on peut être confronté au décès d’un proche. Chez les enfants, cette expérience de la perte, de la tristesse et du manque est souvent accompagnée de questions directes, crues, parfois déstabilisantes, auxquelles les adultes doivent pouvoir répondre. Comment parler de la mort aux enfants ? Comment les accompagner au mieux ? Eléments de réponse.

Comment parler de la mort aux enfants ?

Les enfants n’ont pas la même conception de la mort que les adultes. Pour leur en parler, il est nécessaire de s’adapter à leur âge, à leur degré de maturité, et à l’expérience de deuil qu’ils sont en train de vivre. Savoir quelle représentation ils ont de la mort est de ce fait une clé pour agir de la manière la plus juste possible.

Comment les enfants perçoivent-ils la mort ?

La mort est une réalité complexe, mais les enfants en ont une idée très vite. La mort est présente dans les conversations des adultes, à la télévision, dans les jeux vidéo, etc. Elle peut rester une « représentation » assez lointaine tant que l’enfant n’est pas directement concerné. Lors du décès d’un grand-parent, d’un parent, d’un ami, d’un voisin, d’un professeur, etc. elle devient soudainement une réalité plus concrète. La perception que les enfants ont de la mort dépend d’abord de leur âge et du degré de maturité qui en découle.

  • la naissance à l’âge de deux ans : la « compréhension » de la mort sera associée chez le tout-petit enfant à l’absence des parents, c’est-à-dire à un changement dans la satisfaction de ses besoins primaires, des soins et de l’affection qu’il reçoit. Avant 9 mois, l’enfant n’est pas conscient d’exister en dehors des figures parentales. C’est vers un an que la disparition d’une personne habituellement présente dans son quotidien peut perturber l’enfant (sommeil, etc.)
  • De 3 à 5 ans : la mort est assimilée par l’enfant à la vieillesse, à la méchanceté, à la faiblesse. Elle n’est pas encore synonyme d’irréversibilité. On joue bien à être mort, à « être tué ».
  • De 6 à 8 ans : la mort commence à être perçue comme irréversible, et l’enfant peut s’inquiéter des répercussions concrètes qu’elle peut avoir dans sa vie.
  • A partir de 8 ans : on parle d’âge « pivot » dans la formation du concept de la mort. De 8 à 12 ans, la mort est désormais perçue comme irréversible, mais aussi comme universelle et inévitable. Cette compréhension de la mort ne rend pas l’enfant autonome face à un deuil, il a besoin d’être accompagné.
  • L’adolescence : la mort sera accompagnée de questions philosophiques sur l’existence, la souffrance, la religion, etc. L’adolescent vit des changements physiques et psychologiques qui l’amèneront à se poser des questions sur sa propre mort. Malgré son besoin d’indépendance, ces adultes en devenir auront justement besoin d’un accompagnement vigilant.

Comment expliquer la mort aux enfants ?

Au vu de ces différents degrés de perception de la mort, adapter son discours à l’âge, à la maturité cognitive, affective et physique de l’enfant est indispensable.
Les spécialistes s’accordent d’abord sur le fait que quel que soit leur âge, ne pas cacher la vérité aux enfants est primordial. Comme de leur donner des réponses claires et d’éviter les explications floues et imagées de type : « il/elle est parti au ciel », « il/elle fait un grand dodo ». Les enfants qui ne perçoivent pas encore la mort comme permanente et irréversible pourraient en effet espérer que la personne défunte revienne.
Expliquer la mort à un enfant, c’est être en capacité de lui dire clairement : « il/elle ne sera plus là physiquement parce que son cœur ne bat plus et qu’il/elle ne respire plus. C’est une disparition pour toujours. » On peut aussi expliquer à l’enfant quand c’est possible pourquoi la personne est morte, parce qu’elle était malade, ou qu’elle a eu un accident.

Comment annoncer un décès à un enfant ?

Annoncer la mort d’un être cher à un enfant est particulièrement difficile. Il est cependant indispensable de leur dire la vérité, plutôt que de la cacher ou de différer trop tardivement l’annonce au risque que l’enfant se sente trahi, écarté, s’il n’a pas reçu la nouvelle en même temps que les autres.

  • Formuler clairement la mort de l’être aimé.
  • Le faire annoncer par une personne de confiance, dans un endroit où l’enfant se sent en sécurité.
  • Veiller à dire les choses avec tact, prudence, car les réactions des enfants peuvent être brutales, intenses, dans la colère et dans la tristesse. Il faut être en capacité d’absorber ces réactions.
  • Déculpabiliser l’enfant et lui dire qu’il n’est pas responsable de ce décès.
  • Accompagner cette annonce de perspectives comme la possibilité à participer aux événements à venir avec toute la famille. Lui dire que l’amour pour l’être aimé sera toujours présent et qu’il ne sera pas oublié.
  • Un chiffre : 800 000. C’est le nombre d’enfants orphelins d’un ou de leurs deux parents en France, soit en moyenne un enfant par classe. Source : « Le Deuil, une histoire de vie »

Comment accompagner un enfant lors d’un décès ?

Un enfant endeuillé passera par différentes étapes : refus, chagrin, culpabilité, colère, impuissance… Leur prêter une attention vigilante, savoir réagir face à leur détresse aidera les enfants à faire leur deuil. Ces conseils pratiques sont issus du livre « Deuil, la boîte à outils, stratégies pour mieux vivre une perte » de Josée Jacques, psychologue.

Quels comportements privilégier ?

  • Le rassurer, dire que l’on est là pour lui, et pour le soutenir.
  • Lui expliquer que c’est normal d’être triste, de pleurer et le laisser exprimer ses émotions. Faire preuve d’empathie, lui expliquer que vous comprenez sa peine.
  • Exprimer aussi ses propres émotions et dire ce que l’on ressent à l’enfant.
  • Veiller à préserver la routine de l’enfant et veiller à ses besoins : sommeil, santé, scolarité, alimentation.
  • Permettre des actions inhabituelles qui peuvent aider l’enfant et lui faire du bien (sortie exceptionnelle, voir ses amis).
  • Entretenir le souvenir de la personne défunte. On peut regarder ensemble des photos et des vidéos, mais aussi donner à l’enfant un objet souvenir important pour qu’il en soit le dépositaire. Pour l’enfant, il sera important qu’il puisse parler de la personne défunte, se re-souvenir, au quotidien, comme lors d’événements spécifiques : anniversaires, retour sur certains lieux…

Quels comportements éviter ?

  • Faire comme si rien n’était arrivé, paraître détaché et indifférent.
  • Ecarter l’enfant du deuil et le maintenir dans l’ignorance de ce qui se passe pour le protéger.
  • Eviter l’enfant parce qu’on ne sait pas comment réagir ou que l’on se sent mal à l’aise.
  • Dire que vous savez comment il se sent ou comment il doit se sentir et décider à sa place.
  • Imposer des contraintes inhabituelles supplémentaires à l’enfant, changer radicalement ses habitudes.

Aider la famille pour accompagner un enfant en deuil

Accompagner un enfant en deuil, c’est aussi aider la famille endeuillée, les parents endeuillés. Pour apporter du réconfort, entourer la famille et être présents, au moment du décès mais aussi après est la première des aides à apporter. On peut demander concrètement : « comment pouvons-nous vous aider » ? On peut aussi proposer une écoute auprès des parents endeuillés et de l’enfant pour les aider à s’exprimer et proposer une aide concrète dans la vie de la famille pour des déplacements, des démarches administratives, le quotidien (courses, alimentation, conduites à l’école, devoirs, etc.). Enfin, orienter la famille endeuillée si elle en a besoin vers des associations ou des services spécialisés pour les parents et les enfants en deuil peut être une piste pour les aider à avancer. Pour savoir comment faire face à un deuil et s’en sortir, reportez-vous à notre guide « Vivre son deuil » .

Références et ressources bibliographiques.

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